Zmagri déliquescent
14. janv.
2015
Non classé
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« Une violente et cruelle histoire d’amour … »

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Ce matin, des grands rêveurs ont été assassinés parce qu’ils jouaient avec des Magic Colors …

« El erss khayeb, l’basstela kane’t berda »  : « La fête de mariage était nulle, la pastella était froide. »

Voilà la première phrase qui m’est venue à l’esprit en entamant ce post … Allez savoir pourquoi ?

Ce que je retiens pour l’heure des tueries dans la rédaction de Charlie Hebdo et du supermarché casher et que ma colère et ma tristesse peuvent commencer à entrevoir, se précise dans ce tourbillon où viennent se mêler passion, affecte et « déraison »… Comme une violente et cruelle histoire d’amour…

Amour des mots, de la satire, de la liberté et de la folie.

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux »

Charb

Le poids des religions, de toutes les religions ça n’existait pas il y a 20 ans.

On est là pour ça, même si on traite de choses graves, il faut faire rire, c’est notre fonction.

Cabu

Un jour je vais faire des dessins sur le sexe, le lendemain je vais faire un dessin su F.Hollande, mais parfois le dessin sur le sexe peut être sur Hollande aussi, il nous a donné des exemples.

Wolinski

Waw, c’est maintenant que vous n’êtes plus que je vous découvre.

Certaines analyses à chaud d’ internautes en mal d’inspiration, voient derrière cette tragédie l’occasion de régler des pathos identitaires, si lourdement justifiés, vous ne trouvez pas ?

Ils crient souvent à l’insoutenable et sempiternel sentiment de justification « imposé », du sentiment d’obligation d’une prise de position « si attendue ».

Un fraternel message à cette majorité silencieuse indignée, qu’elle descende dans les rues, qu’elle envahisse l’espace public, l’heure est à la condamnation, l’heure est à la symbolique. Si cet espace reste vide, il sera envahi par des porte-voix autoproclamés.

Avec ceci comme slogan par exemple :

Au nom d’Allah et de son Prophète on a tué ici, comme on le fait au nom de la démocratie là-bas !

Ces mots pèseront pour certains comme une attaque au bélier devant la porte du silence !

D’autres préfèrent jouer avec des notions complexes, plutôt que de condamner sans ambivalence.

Ceux qui craignent les amalgames peuvent être rassurés, ils existent depuis bien longtemps. Le manque de clarté ne fera que les renforcer.

Aujourd’hui, moi , je me sens le devoir de me prononcer, mais personne ne m’oblige…

Le sens des mots dans de pareilles circonstances a une importance capitale.

De plus, je refuse toutes formes de prise d’otage et de braquage intellectuel, au nom d’un certain appel au consensus dans un camp comme dans l’ autre.

Zmagri , moi le zmagri, parti depuis un petit temps en croisade identitaire, victime d’un racisme occidental comme d’un racisme oriental, je vous la laisse votre terre sacrée que vous choisirez et je vous emmerde tous !

Laissez-moi pleurer en paix, laissez-moi le droit de pleurer qui je veux en liberté.

Au-delà des individus qu’était cette bande de potes, je pleure aujourd’hui ce qu’ils représentaient. Une voix discordante à l’ordre établi et à la « bonne conscience ».

Je n’en étais même pas un lecteur, mais je me retrouve dans la notion de défenseur de la liberté qu’ils insufflaient.

Aujourd’hui, nos têtes bien pensantes au gré de leurs humeurs distribuent ou confisquent des attestations de liberté d’expression à qui bon leur semble.

Cela dénote d’un manque de maturité et d’iniquité flagrante !

Complot or not complot … ?

Pleurer Charlie, c’est comme souhaiter Joyeux Noël, c’est haram … !

  • Hein ????

Cela va du complexe militaro-industriel aux illuminatis en passant par les sionistes … Les médias nous mentent et sont cadenassés, la carte d’identité retrouvée dans le véhicule, l’employé caché dans un carton à Dammartin-en–Goële, la couleur des rétroviseurs qui mue, l’absence de sang sur le trottoir …

Le complot fait office de foi, il explique tout, mais ne résout rien, servant de camouflet par moment. Je l’ai pratiqué et en suis revenu depuis.

Et de lire et entendre aussi :

Ils l’ont bien mérité, tu as vu ce qu’ils ont fait en Syrie et en Palestine …

  • Hein ??

Les adeptes des théories multifonctions ne font que réconforter leurs préjugés et leurs thèses sont même considérées pour certains, comme des écrits immuables, voire sacrés qu’ils répètent liturgiquement, en se gardant bien le droit de pratiquer toutes formes de remise en question …

Ces théories sortent souvent de la bouche de ceux qui croient venir à bout des crimes commis par l’Etat d’Israël en arrêtant de manger des kiwis.( je précise LOL)

Why not … Tout le monde a le droit d’avoir un avis, tout le monde a aussi le droit de dessiner en paix !

-« Au nom d’Allah on tue aussi sur cette terre, il serait plus que temps de l’avouer … »

-Moi j’ai juste envie de pleurer des grands rêveurs qui jouent avec des Magic Colors.

Il y aura un après 7 janvier, souhaitons le plus humain que l’après-11- Septembre.

-Moi je veux juste les pleurer …

« Pour énerver les cons aussi on est manifestement utile, donc c’est agréable … ».

Tignous

Les manifestations ont été phénoménales avec évidemment des bémols et selon moi la triste palme revient au Maroc.

Et l’attitude du ministre marocain des Affaires étrangères, Salahedinne Mezouar, qui s’est rendu à Paris, mais n’a pas participé à la marche prétextant qu’il y aurait des caricatures du prophète …

  • Hein ??

Toutefois, il est excusé, qu’attendre de plus d’une classe politique qui est encore selon la théorie freudienne au « stade anal ». Faites déjà bien caca les gars, bientôt vous pourrez vous tenir la bite tout seuls!

Ensuite cette polémique sur certains représentants : Netanyahu aura fait parler de lui, une telle attitude, ça vous surprend ? cette arrogance est le propre des sans vergogne !

Ils en auraient fait une superbe couverture satirique les gars de Charlie Hebdo …

Et que dire des représentants de l’Arabie saoudite présents à Paris, alors qu’ au même moment était fouetté sur la place publique à Jeddah, le blogueur saoudien Raif Badawi …

Et bien d’autres qui sans scrupule pointèrent leur gueule en front de manifestation, c’est juste dégueulasse… C’est dégueulasse !!!!

Le clivage entre les « Je suis Charlie » et les « Je ne suis pas Charlie ».

Il n’est guère étonnant celui-là.

Pour ce qui est de notre cher royaume surréaliste, il est même logique.

Nous restons encore en 2015 un pays communautariste, pour le vivre ensemble, on repassera aussi !

Il pourrait trouver une partie de son explication dans la manière dont a été gérée l’immigration maghrébine et turque en Belgique.

Dans la manière dont a été géré le culte musulman en Belgique …

Vous me suivez toujours ?

Avec dans les premières années, un entrisme édifiant du plus obscur et rétrograde des courants qui soient, made in Arabie saoudite : le wahhabisme.

-L’argent n’a pas d’odeur… C’est des conneries ça… L’argent a une odeur et dans le cas qui nous préoccupe ici, une vilaine odeur de fuel !!

Chère Belgique tu as été très gourmande en Afrique et ça ne t’a pas suffit, ton inquiétante naïveté et ta vanité t’ont poussé à faire des choses pas très catholiques !

Et bien évidemment une connerie ne vient jamais seule. Des années plus tard, ce fut les partis politiques qui voyant un potentiel électoral significatif se sont lavés de tout principe séculier dans certaines de leurs opérations de séduction visant ces électeurs-là !

Les espaces culturels, déjà maigres, se sont vus très vite dépassés par une multitude de mosquées qui pour certaines ont servi de lieu de propagande de courants tantôt anodins tantôt plus inquiétants.

Enfin les stratégies de quadrillage des pays d’origine, Ankara et Rabat veulent faire partie du festin.

Contrôler et cogérer voir gérer complètement l’obédience spirituelle de leur diaspora respective. Et nous savons tous que ces deux pays sont loin d’être des Etats de droit, de liberté d’expression et de libertés individuelles.

Ils ont tous bossé en toute tranquillité depuis des décennies et aujourd’hui ils récoltent.

Une politique non réfléchie sur des enjeux cruciaux se paie un jour ou l’autre

Me voilà donc baisé, et tellement bien que je finis par y prendre plaisir.

A chacune de mes positions, chacun de mes choix, mes identités me rappellent à l’ordre, l’une me trouvant trop flou m’invitant continuellement à lui présenter des gages de loyauté , l’autre jouant avec mon affect d’un attachement à des racines qu’elle m’octroie par moments et me confisque à d’autres.

– « Aujourd’hui, il n’y a pas que les travestis prostitués du quartier « Yser » qui se lèvent en ayant mal au cul ! »

Sauf que moi je ne veux plus de ça moi , je ne l’ai pas choisi ! Je veux être libre, comme le vent, me défaire de tout attachement communautariste et chérir moi-même mes identités , en les façonnant comme bon il me semble .

« Je suis Charlie » au nom de l’esprit de liberté qu’insufflait cette presse, je le suis ne veut pas dire que j’en étais féru. Je le suis, car c’est nécessaire pour les personnes qui cultivent la liberté de pensée, d’expression et d’écriture.

Il est nécessaire aussi, car derrière ce canard volontairement provocateur, irrévérencieux à souhait, brisant les limites de la bienséance et des « bonnes consciences », se trouve un refuge pour les bousculeurs… pour les affranchis. Et leur place est indispensable dans nos sociétés.

Que nos gouvernants agissent en cohérence lorsqu’il s’agit de liberté d’expression.

LA LIBERTE D’EXPRESSION EST PLEINE ET ACCESSIBLE POUR TOUS !!!!!

Bordel de merde !!!!!

Une manifestation à Bruxelles

Lors de la manifestation à Bruxelles, je suis passé chez ma mère qui depuis le décès de mon père est morte aussi et que la télévision marocaine est en train de tuer une 2e fois.

Mais dans un sursaut de lucidité, elle m’a dit :

« Allah y Baadek min oulad el haram »

-Que Dieu te tienne éloigné des “personnes indignes ».

De qui parlait-elle ?

Finalement, c’est ma sœur qui m’accompagna avec ses deux enfants. Près de 20 000 personnes dans les rues de la capitale, une très faible présence de la « communauté musulmane » s’il y a lieu de la nommer ainsi, comme le fait une grande majorité de la presse.

Une chose est vraie, cette faible affluence est un signal pour la citoyenneté qu’il faudra avoir le courage d’analyser !

Crispation justifiée ?

Oui , oui et re-oui !

C’est l’expression d’un malaise et d’ un mal-être qui ankylosent cette volonté de solidarité

Il serait temps que ces anthropologues et que cette élite belge se penchent sérieusement là-dessus !

Oui, les Belges d’origine turque et maghrébine sont mal aimés, ils sont mis au ban de la société, ils sont pointés du doigt quotidiennement !

Oui, ils sont assignés à vivre l’ émancipation dans quartiers et écoles ghettos !

Oui, on ne peut pas s’ouvrir aux autres si on ne s’est pas encore révélé à soi-même !

Oui, ça crie à l’aide depuis des décennies. Personne ne l’entend vraiment !

Oui, ça a payé, ça paie et paiera probablement encore !

Oui, ça vit dans l’indifférence de sa différence sans qu’elle ne soit jamais valorisée, comme cet enfant né par accident à qui on a reproché « d’être » toute sa vie et qui réclame juste un peu d’amour …

Cet amour… De cet amour absent et tant recherché, cette reconnaissance sincère « d’être » qui poussa peut-être deux frères dans cette escalade de la folie .

Deux frères qui se sont aimés dans un schéma dénué d’humanité.

Cela pourra en choquer plus d’un ce que j’écris là, j’en suis conscient… Mais tout ça, ça sent juste le manque d’amour.

Conclusion facile me diront certains, peut-être …

Non, à dire vrai il n’y a pas de conclusion.

Et s’il devait y en avoir une pour moi, elle ressemblerait à ça :

Je pleure ces grands rêveurs qui dessinent avec des Magic colors, je pleure Ahmed et toutes les autres victimes, je pleure pour la liberté, je pleure pour le musulman, je pleure pour le juif, je pleure pour l’athée , je pleure pour le chrétien, je pleure pour l’humanité …

J’ai déjà moins mal au cul aujourd’hui, mais je mesure avec effroi la profondeur de l’enculade !

En hommage à Charlie et à tous ceux qui sont tombés.

Reposez en paix …

Zmagri

 

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20. déc.
2014
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«Chris_coleman24», comme une tempête silencieuse!

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C’est bientôt Noël chez les zmagris, il fait froid, tout le monde tire la gueule et ça sent le sapin… Jusqu’au Maroc.

Depuis plusieurs semaines, l’Etat marocain vit tribulations sur tribulations, suite aux multiples publications de Chris_Coleman24. Ce cyber-activiste distille sur le WEB via Twitter, des documents aspirés dans les limbes cybernétiques, classés top secrets du gouvernement marocain.

Il ne cache ni sa sympathie pour la cause sahraouie ni son envie de déstabiliser le régime marocain. Les médias officiels du pays restent trop discrets sur ce qui est déjà qualifié par des observateurs comme étant : l’affaire du « Snowden marocain ».

Et gare à ceux qui tenteront de vexer Chris_Coleman24 en prétextant que les documents présentés ne sont pas authentiques. Il se rebiffe aussitôt, l’amenant à partager, authentifications à l’appui, d’autres documents compromettant.

Une sorte de boîte de pandore qu’il aurait fallu pour le Makhzen (nom attribué à l’Etat marocain) qu’elle ne s’ouvre jamais.

L’un des récents faits d’arme de Chris_Coleman24 rapporté par un journaliste est le partage de documents révélant les noms de journalistes français, soudoyés par les services de renseignement marocain.

Oui Monsieur, de la corruption en d’autres termes !

Pour nous relayer ces histoires de divulgations, quelques médias occidentaux et des médias électroniques indépendants marocains, à l’instar du célèbre journal électronique du journaliste dissident Ali Lmrabet : « Demainonline ».

Chris_coleman24 inquiète jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat marocain, il y a peu de doute là-dessus.

Faut-il s’en réjouir ou s’indigner ?

Pour ma part je pense qu’on ne procède pas de manière noble avec ceux qui usent des pires méthodes. Chris_Coleman24 agit tel un miroir, il mime ceux-là même qu’il tente de déstabiliser.

Il est fort à parier que Chris_coleman24 deviendra dans les semaines, dans les mois à venir, la voix de la conscience d’une certaine opposition marocaine. Que ce pseudo emprunté au sélectionneur de l’équipe de football galloise acquiert au fil des jours une couleur outre-Méditerranée.

Il est déjà celui que tout le monde attend … Sympathisants comme contradicteurs.

Est-il protégé  par des cieux moins soupçonnables que « l’éternel coupable » algérien constamment avancé par les officiels marocains ?

Protégé peut-être par ceux qui connaissent le Makhzen, qui mangent à même la table avec lui. Qui tirent les ficelles de ce qui pourrait ressembler à un règlement de compte. Comme celui d’un client déçu par une passe dans une maison close …?

Sont -ils plusieurs …?

Seul le temps et un travail journalistique digne de ce nom pourront nous éclairer.

Pourquoi le dossier du Sahara … ?

Pour ceux qui l’ignorent encore, l’épineux dossier du Sahara est ce legs empoisonné du roi Hassan II à son fils Mohamed VI. Cet immense territoire au sud, revendiqué à la fois par le Maroc et à la fois par le Front Polisario (indépendantistes sahraouis).

Ce dossier « Chlingue » à tous les niveaux, tant les montants alloués à la corruption des élites marocaines et internationales, pour plaider la cause de la souveraineté chérifienne ont été (et sont toujours) faramineuses. Tant la crédibilité des uns est souillée par une pastilla jambe en l’air ou une invitation « mamounesque » de trop.

Ce dossier semble capital pour le sommet du pays et fait l’objet d’un quasi- unanimisme non négociable, qu’il serait inconscient aujourd’hui de vouloir bousculer.

« Ceux qui feignent croire se coucher du bon côté, finissent toujours par avoir des crampes » disait l’ancien.

Chris_coleman24 est cette donne imprévisible, sortie de nulle part et qui vous pète à la figure.

Le journalisme marocain a été tué plusieurs fois, brûlé vif sur l’autel de la corruption ! De ses cendres renaissent ici et là des phœnix qui tentent d’informer au péril de leur vie parfois, ceux qui se donnent la peine de cliquer sur les bons onglets.

Chris_Coleman24 a au moins ce mérite là pour l’heure, donner à cette dissidence journalistique la portée qu’elle mérite.

J’ignore où tout cela va mener… Et ce qui mène vers l’inconnu excite autant qu’il inquiète.

Mais à cette allure, 2015 s’annonce pourri pour ceux qui ont œuvré à tout pourrir autour d’eux.

Zmagri

Lire l’article publié sur France 24 : https://https://m.france24.com/fr/20141208-maroc-chris-coleman-twitter-wikileaks-diplomatie-sahara-occidental/?aef_campaign_date=2014-12-08&aef_campaign_ref=partage_user&ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_linkname=editorial&ns_mchannel=social&ns_source=twitter

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19. août
2014
Non classé
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Une colère « maladroitement gentille »

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Une colère gentille mal exploitée est souvent le résultat d’une incapacité chronique de dissocier la passion d’avec la raison.

Et c’est pareil aujourd’hui, peut-être encore plus !

Il y a des mots et des mots, ceux  qui donnent de l’assurance et ceux qui se livrent dans un brutal silence. Ces derniers, aussi sournois qu’un arracheur de dents, perturbent au départ, mais très vite deviennent les incontournables d’un simulacre de bienveillance servant à notre bonne conscience la preuve de son indispensable raison d’être.

 

A chaque jour suffit sa peine disait l’autre, j’ai comme le sentiment que chaque jour connaît la même peine.

C’est lundi et un lundi ça restera toujours comme un lundi. Je me suis levé de bonne heure, après une douche, un yaourt et un croissant, je me suis rendu au boulot.

Dans l’ascenseur ça parle de Gaza, à la cafèt’ d’Israël et dans les couloirs de Palestine et dans ma tête ça ne parle plus … Pour une fois. C’est étrangement calme, un calme à peine espéré, qui est probablement le résultat d’un mécanisme de défense face au vacarme de dehors.

Comme si mon âme et mon corps endossaient chacun à leur tour des contraintes qu’ils tentent de soulager comme ils peuvent.

Je file aux toilettes et sur le chemin, je la croise. Elle, c’est une collègue que je regarde depuis des mois, qui le sait peut-être mais qui m’ignore, du moins c’est mon interprétation.

Une belle femme qui a tout pour plaire, fougueuse aux yeux de braise, émancipée mais qui à 33 ans vit toujours chez ses parents car elle ne devra quitter le nid familial qu’ une fois la bague aux doigts. Et comme l’âge avance, elle a probablement revu ses critères d’un ou deux crans à la baisse et aujourd’hui elle me parle.

– « Tu as vu Gaza » me lança-t-elle.

-Moi : « Oui ».

-Elle : « Ils exagèrent … ! »

-Moi : « Qui ça ils ? »

-Elle : « Ils enfin … Ils ! »

-Moi : « Mais qui donc ».

Elle s’approcha de moi, son parfum est frais, j’ai toujours aimé les parfums frais et le sien l’est particulièrement.

Sa chemise est déboutonnée à la limite du « raisonnable » laissant entrevoir la dentelle de son soutien-gorge blanc qui contraste avec le bleu qui l’entoure.

A cet instant précis, et là, je m’adresse aux messieurs, plus rien à d’importance, les secondes sont des heures et mes yeux ont des capacités de figer des images dans des angles improbables, le tout avec une certaine classe évidemment.

Elle s’approcha encore plus, son haleine est fraîche et ses cheveux sentent la douche du matin.

-Elle :  en murmurant : « … Les sionistes enfin ».

-Moi : « Ah oui … C’est sûr ».

-Elle : « Ils tuent des gamins, des mères et des pères et toi tout ce que tu arrives à dire, c’est : Oui c’est sûr … ? »

– Moi : « Oui, c’est déconner ».

-Elle : « Wallah ils me foutent la rage ».

– Moi : « Je sais ».

– Elle : « C’est un génocide … On mange ensemble ce midi ? »

C’est à ce moment que je me suis remis en pleine conscience. Et cette phrase « On mange ensemble ce midi » signifie dans mon esprit que soit on va refaire toute la géopolitique du Moyen-Orient, alors qu’on n’en a pas trop les compétences, soit que cela sera les prémisses d’une très belle soirée.

-Moi : « Oui, bien sûr, on va au libanais ».

-Elle : « Oui bonne idée ».

Je me suis donc rendu aux toilettes, tiens je bande … Déjà … Curieux ça.

De retour à mon bureau, je désespérais à la vue de la lourde tâche qui m’attendait, mais à chacune de ses apparitions une bouffée d’optimisme m’envahissait me donnant énergie et pêche pour tout surmonter.

11 h 58,

Je bande toujours …

-Elle : « On y va ».

– Moi : « Let’s go ».

Sur le chemin, on parle peu et on rigole beaucoup sur des conneries utiles dans de pareils moments.

Arrivé au resto, la TV est câblée sur Al-Jazira et ça parle de Gaza dans un arabe qui me fait mal au crâne tellement il m’est incompréhensible.

– Elle : « Mais que fait l’ONU ? »

– Moi : « Ils font d’excellentes grillades ici , on se fait le menu pour deux ! »

– Elle : « Que fait l’Europe ? »

-Moi : « Ça te dérange pas si je prends du vin ?»

– Elle : « Tu sais les juifs ne l’emporteront pas au paradis, et oui un menu pour deux ».

– Elle : « Ils se tirent une balle dans le pied et leur déclin est proche ».

– Elle : « Tu penses quoi de tout ça toi ? »

Ce que j’aurais dû dire à cet instant c’est que je suis fatigué de parler de Gaza. D’ailleurs, je n’en vois  pas beaucoup  qui auraient à la fois la hauteur et le recul nécessaire pour nous livrer une analyse complètement dépassionnée du sujet.

J’aurai dû dire aussi que mes oreilles ont attrapé des paupières tant les conneries avancées par les deux camps sont imprégnées d’une haine non avouée. Je lis trop cette haine des colons d’esprits qui occupent illégalement l’espace de mon cerveau !

Ce que j’aurais voulu dire aussi, c’est qu’elle est belle et encore plus lorsqu’elle est passionnée et que je voudrais juste que cette gentille colère maladroitement exploitée nous serve pour nos futures prises de tête, car je la vois déjà près de moi jusqu’à mon dernier souffle.

Ce que j’aurais dû lui dire, c’est que tous les juifs ne sont pas des légionnaires de Tsahal et que derrière l’antisémitisme se cachent parfois des frustrations qui trouvent leurs origines ailleurs, bien ailleurs.

Ce que j’aurais voulu lui dire c’est juste parle-moi de toi, ta vie, tes ambitions tes chagrins, tes espoirs.

Ce que j’aurais dû lui dire c’est que je ne comprends pas que l’Occident chrétien découvre ses coreligionnaires d’Orient. Car oui , l’ignominie se déroule sous nos yeux actuellement à Gaza et  l’impunité de la communauté internationale est insoutenable mais qu’au même moment les chrétiens d’Orient subissent une inquisition au nom de l’islam dans un silence monstrueux …

Mais je n’ai rien dit de tout ça. Je lui ai juste dit : « Oui, tu as raison ».

Je sentais une volonté de me jauger de sa part.

Savoir si nous étions du même moule avec les mêmes instincts, les mêmes opinions, les mêmes souffrances … Les mêmes ennemis.

Moi perso, Gaza, Israël, les juifs et le sionisme j’en sais trop rien, mais je suis convaincu qu’en 2014 ils sont tous condamnés à vivre ensemble.

Que tous les « ismes » devront revoir leurs ambitions à la baisse, car ils sont trop souvent à l’initiative d’horreurs inhumaines.

Je refuse de beugler les mêmes gammes, tout en étant convaincu de me distinguer des autres. J’ai besoin de hauteur, de me désaxer pour mieux appréhender, de solliciter mon pathos par moments et de l’isoler par d’autres

Mais l’unique certitude que j’ai c’est que la connerie humaine perdure.

Je cautionnerai toujours la résistance du peuple palestinien au même titre que la résistance de tous les peuples opprimés sur cette terre.

Il est 12 h30 , le garçon nous apporte notre plat je sens sa cheville frôle délicatement mon genou sous la table, c’est agréable.

Elle sourit, moi aussi.

Je découvre à cet instant une autre personne, plus en confiance.

Je découvre aussi qu’il faut du temps et que le temps est un luxe de nos jours.

Même si je me sens aussi perdu qu’elle. Comme deux mouettes qui se baladeraient en plein cœur de Bruxelles.

On a beaucoup de choses à se dire, il faut juste du temps.

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Zmagri

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07. avril
2014
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« Le grand Klezmer » (2ème partie)

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-Amale : « Papa, je te présente Cohen Rosenberg ».

Pas la moindre hésitation à avoir, ma réaction sera scrutée et analysée dans les moindres détails pour le restant de mes jours. Mais comment alors, comment réagir face à l’annonce que ma fille fréquente un juif.

-Amale : « Et nous allons nous fiancer ».

Wow, wow, wow doucement, je suis encore calé sur le Cohen Rosenberg qu’elle me parle déjà de fiançailles et puis de mariage et puis quoi ! Mes petits-enfants porteront le nom de Rosenberg. Allah y Hdina !!( Que dieu nous préserve !)

Ils vont tous me juger autour de cette table et au passage le Rosenberg a volé la vedette à mon beau mur fraichement peint …

Vite, il faut que je dise quelque chose, ma fille est là devant moi et attend un signal, un geste, un truc quoi.

Que vais-je pouvoir dire, identité tu es où merde aide-moi là !

-identité : « Je vais t’aider, écoute moi bien : Tire ton plan ! ».

-Moi : « Et wa tozzzzzzzz 3lik !».

Je dois dire ou faire quelque chose. Je ne veux même pas regarder ma femme qui vient de se lever en disant :

« Soyez le bienvenu Cohen, tenez installez-vous ».

Voilà, ça c’est neutre :

-Moi : « Oui, soyez le bienvenu Monsieur comment vous dites … ? ».

-Cohen : « Cohen Monsieur… Amale m’a beaucoup parlé de vous ».

-Moi : « Si c’est pas mignon ça… ».

– Moi à Yuba : « Dis bonjour à notre invité, il s’appelle Cohen tu as entendu C O H E N ! ».

-Yuba : « Oui, Ba j’avais compris … »

J’étais piégé, chez moi et piégé !

Et pour je ne sais quelle raison, la première pensée venue se figer sur mon lobe frontale était PALESTINE ! Je me sentais palestinien.

Pourquoi j’en sais trop rien… Faut que je bouge d’ici, faut que je sorte de cette table.

Je me suis rendu à la cuisine, j’ai chaud ou plutôt non je dois marcher. Pourquoi elle me fait ça … ? Pourquoi ma fille chérie, mon troisième œil à moi pourquoi … ?

Comme rattrapé par un élan de solidarité panarabe, incohérent et vide de sens, moi le fils d’un berbère du Rif, je m’interroge sur le quand dira-t-on, celui qui vous maintient dans une léthargie intellectuelle, abandonnant toute individualité au profit des idées dominantes. Un vrai mouton de Panurge fidèle à son auberge !!

A cet instant présent, je ne suis ni marocain, ni belge mais je me sens palestinien, pierre à la main face à un char de Tsahal intimement convaincu que ce caillou perforera le blindage du thank et éclatera la tête de son pilote. Après, quoi j’aurai sûrement les couilles de retourner à table et de le foutre à la porte le Rosenberg.

Putain, en plus il cumule : Cohen et Rosenberg !! Elle aurait au moins pu choisir un sépharade, ça passe mieux.

Je vais faire quoi, je dois faire quoi … ?

-Identité : « Ah,AH, AH, ».

-Moi : « Mais tu es là ? Tu te marres bien j’espère ».

-I : « Malek ? ». (Qu’est-ce que t’as ?)

-Moi : « Mali ?? (Ce que j’ai)Y a Benjamin Nethanyahu chez moi à ma table ou t’ 9oli Mali ?? Rak Mreda fi rassek ntina ? ». (Et tu me demande ce que j’ai, tu es malade dans ta tête toi !)

-I : « Calme toi chuuuttt, Calme toi ».

-M : « je sais ce que je vais faire, où est-il ? ».

-I « Quoi donc »

-M : « Le cd de Marcel Khalifa tiens, je vais lui envoyer des décibels qui vont lui faire exploser chaque synapses ».

-I : « calme toi, et retourne à table ».

-Ma femme : « Tu as besoin d’aide… ? ».

-M : « Non, j’arrive, tout de suite ».

-Cohen : « Besoin d’aide Monsieur Bouziane »

Merde le voilà, il est devant moi le regard sur et la démarche respectueuse. C’est toujours comme ça au début.

-Moi : « Merci, c’est gentil, je vous rejoins de suite ».

-Cohen : « Très bien, on vous attend ».

Il retourna dans le jardin.

Je me suis approché de la baie vitrée, en prenant soin de ne pas me faire repérer, je les vois tous autour de cette table, face à mon beau mur fraichement repeint …

Acculé par la pression du moment, je me révèle encore à moi : fuyard et peureux …Mais pas aujourd’hui, l’événement à trop d’importance pour fuir !

Une sorte de sagesse intérieure, une voix qui ne m’est pas inconnue, une voix clairvoyante me dit :

« Mais au fait pourquoi je me fais ça ??? »

Oui, pourquoi, je m’inflige ça, alors que pour être honnête, je m’en moque.

Pourquoi, avons-nous ce mépris du juif… ?

Pourquoi, pourquoi, pourquoi …

Pourquoi ce mépris m’aveugle et m’interdit ce moment que je devrai savourer en famille.

Je dois pisser …

En me rendant aux toilettes, j’ouvris ma brayette et comme touché par la Grâce, mon sexe me rappela que nous avions beaucoup plus à partager avec le judaïsme que je ne pouvais l’imaginer.

« Regardez vos bites mes chers et regardez vous ensuite ! »

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Le bruit de l’urine sur la paroi du wc me détend, je fais des cercles en pissant , comme lorsque j’étais gosse et pour faire chier ma femme je laisse la lunette rabaissée …

Je finis par m’assoir sur le pot et me plonge dans une réflexion, de celle qui fige l’espace temps. Je suis en transe, en » hyperaccuité « . Des phrases arrivent en masse près du goulot de mon cerveau, ça se bouscule aux portes :

« Convaincu que l’antisémitisme est un concept occidental, le sens étymologique du terme mériterait qu’on s’y penche sérieusement.

Le judaïsme est inhérent à notre culture … Alors c’est quand que ça a merdé ?

La convention Béclard (1863) qui accorda un statut privilégié aux juifs du Maroc.

A cela vous rajoutez, la période coloniale de la France au Maghreb et le fameux Décret Crémieux (Algérie) qui octroya la nationalité française aux juifs d’Algérie.

Et aussi et plus frais encore dans nos esprits : Un certain 23 mai 1967, jour à partir duquel l’armée israélienne mit moins de temps que Dieu eu besoin pour créer le monde pour anéantir la coalition des armées arabes.

La fracture est surement liée à un de ces facteurs, mais lequel ??

Israël, sionisme et Judaïsme sont-ils réellement un bloc homogène …?

Se poser la question, fait-il de nous des antisémites ?

A qui profite ce flou gaussien ?

C’est alors que je me suis rappelé ce nom d’un célèbre dissident juif marocain antisioniste originaire de Tanger, Abraham Serfaty. Je me suis rappelé aussi des débats auxquelles j’avais pu assister à l’UPJB (L’Union Progressiste de Juifs de Belgique) dans lesquels des Belges de confession juive remettaient en cause la politique d’expansion de l’Etat isréalien allant même jusqu’à manifester auprès de la communauté musulmane de Belgique lors de la guerre qui opposa Le Hezbollah à Israël.

Qui est responsable de notre « antisémitisme » ?

Qui est responsable de ce schisme entre Musulmans et Juifs au Maroc.

Le sionisme ? L’intégrisme religieux ? L’Etat marocain ? L’agence juive ? …

Comment sommes-nous passés de voisins à ennemis intimes ?

Je me rappelle de cette vieille cassette audio de Cheikh MouiZo (chanteur juif marocain) que mon père écoutait lorsque nous faisions de longs trajets.

Je me rappelle que ce judaïsme est porteur d’une des plus grandes souffrances que connut l’humanité ces derniers siècles.

Enfin je me rappelle de Magalie, cette charmante Magalie avec qui je suis sorti quand j’étais jeune … Mais ça je le garde pour moi !

Ma fille fréquente un juif et alors, je vais me rendre à cette table et faire sa connaissance et me défaire enfin de ce boulet communautaire avec lequel je me suis toujours senti en conflit ! »

J’ai la marque de la lunette des wc sur l’arrière des cuisses, je tire la chasse et bénis toutes les forces de l’univers, d’avoir inventés ce lieu magique : LES TOILETTES !

-Moi : « Yuba , Yuba , aji a Wouldi, ntina wouldi …”( Yuba , viens mon fils, toi tu es mon fils ).

-Yuba : « Oui, Ba ».

On se regarda dans les yeux, il s’approcha de moi lentement, très lentement et arriva en face de moi.

-Yuba : « Ba, … Ba , elle est heureuse … Ne gâche pas tout ! ».

Je le pris par les épaules, j’ai regardé mon fils droit dans les yeux et je lui ai dit.

-M : « Je sais ».

Tout s’apaisa vraiment, dans mon esprit de con aux préjugés infondés sur tout et sur rien.

J’avais comme besoin de l’aval de mon alter égo masculin : mon fils, c’est amour de bonhomme à la lucidité candide.

Et c’est aussi à ce moment précis que j’ai jeté mon regard sur la photo de mon père, celle qui est accrochée sur la cheminée. Je lui ai dis au fond de moi-même, avec cette assurance qui a tant fait défaut dans ma vie :

-Moi « Ya l’Walid, je serai un bon beau-père ».

-Mon père : « 3arraf a wouldi » ( Je le sais mon fils)

Nous retournâmes nous assoir dans le jardin.

Cohen : « C’est du beau boulot le mur »

-Moi : « Oui,merci ! C’est de la bonne peinture la marque « Levis » »

Et toute la table se mit à rire. Et pour une raison que je n’ose m’avouer, ma fille Amale est venue me prendre dans ses bras et d’une voix tremblante me dit dans le creux de l’oreille

-Amale : « Je t’aime Ba, je t’aime si fort »

Et, elle se mit à pleurer … De bonheur je suppose.

Comme je suis un émotif qui s’ignore, je l’ai serré très fort puis l’ai mise dans les bras de ma femme, chacune de ses larmes me blessèrent profondément et me renvoyaient l’image de ce que je suis …

Ça, il n’y a que votre moitié ou vos enfants qui peuvent vous le faire sentir.

L’ambiance est à présent bénie par une convivialité nouvelle, celle de notre nouvelle tribu.

-Yuba : « Ba, j’ai comme l’impression qu’aujourd’hui tu as marqué beaucoup de points… J’ai aussi une grande nouvelle à t’annoncer».

-M : « Hop, je te coupe fiston, laisse-moi savourer chaque nouvelle pleinement ».

Dans ma tête, je me suis dit, mais qu’est-ce qu’il va m’annoncer celui-là qu’il est gay et que son petit ami est algérien :).

Dans le fond peu m’importe, j’ai appris aujourd’hui que seul le bonheur de ma progéniture dépassait de loin tous ces stigmates d’un pathos incrusté dans la moelle. Et me suis rappelé ces recommandations de mon regretté père.

-Mon père « Tba3 L’9alb Inssane 7ssen ma T’ba3 din awla l’assal » «(Suivre le cœur des gens est préférable que suivre leurs religions ou leurs origines).

Mon père cet artiste !

-Cohen : « 3andi noukta ». (J’ai une blague).

Merde, il parle Darija (dialecte marocain) en plus.

-Cohen : « Je vous rassure je ne parle pas l’arabe , seulement 2 ou 3 phrases qu’Amale s’est acharnée à m’apprendre ».

-Moi : « on est tous impatient de la connaître ».

C’est à ce moment-là qu’on sonna à la porte. C’est ma belle-sœur Hafida.

Avant de poursuivre, vous devez savoir qu’il y a certaines personnes pour ne pas dire la plupart, de ma belle-famille que je ne peux sentir. Ceux qui savent tout et qui ont toujours un avis sur un tas de sujets, sans avoir pris la peine ne serait-ce que de se renseigner. Ceux qui sont porteurs de l’indice de » labélisation » du Halal et qui se sont autoproclamés prêcheurs, sauveurs d’âmes.

C’est ce genre de personne qui m’ont poussé, ma femme et moi à nous installer en dehors de Bruxelles.

Et comme des vieux instincts, ça ne se perd pas, je me retrouve à nouveau poussé par cette hypocrisie flagrante mais accommodante : Je me suis levé pour l’accueillir.

Attention, la main ou la bise, est-elle avec son mari ou est-elle seule ?

Yuba prit la bouteille de vin et s’apprêta à la ranger au sol, quand je lui lança

-Moi : « Wow , Ach kat 3mal, S7ablek Fi l’maghrib f Ch7ar Ramadan awla ? Khali di kchi fo9 Tabla !” ( Qu’est ce qui te prend, tu t’es cru au Maroc en plein mois de Ramadan, laisse cette bouteille sur la table !)

Curieusement, ma femme qui l’aurait fait ne broncha pas, faut dire qu’avec ce qui venait de se passer elle ne pouvait pas piper un mot.

Hafida : « Salamou3aleikoum »

-Moi : « Ahlan, nhar kbir hada , Guelssi , guelssi … ». (C’est un grand jour , assied-toi)

-Amale : « Salam Khalto » (Bonjour ma tante)

-Yuba : « ça va Khalto » (ça va ma tante)

Et là, Amale me regarda …Comme pour me lancer le test.

-Moi : « Hafida , je te présente Cohen le futur fiancé d’Amale »

-Hafida : « Aaaa, et wa mabrouk » ( Aaaa , et bien félicitations)

Un » mabrouk » qui sent le » mabrouk » du protocole, celui qu’on lance à son pire ennemi le jour de l’Aïd.

Elle s’installa, et se mit en mode observation. Ce qu’elle ignorait c’est que j’étais aussi en mode observation et que la moindre allusion bancale sur Cohen allait me faire péter un câble.

Et comme le rosé sous le soleil ça tape sur la « cabessa » (tête en espagnol), fallait surtout pas me faire basculer de mode. Qu’elle me laisse en mode cool sinon, walla ça va chier !!

Je me suis retrouver dans une situation insolite, je venais de me découvrir tolérant et vraiment tolérant et comme pour tester cette nouvelle compétence le Tout Puissant m’envoyait une épreuve. Celle de devoir assumer face à « mes semblables » que j’assume pleinement ma position adoptée à l’instant.

La suite, la prochaine fois.

Zmagri

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26. mars
2014
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Racisme à la marocaine

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Un petit, tout petit texte qui mériterait d’être long pourtant.

Depuis quelques jours, de nombreuses publications traitent du «racisme au Maroc».

Ce racisme est implicitement institutionnalisé chez nous.

Ce racisme, celui que Nelson Mandela découvrit avec effroi lors de sa visite au Maroc, alors sous Hassan 2, est présenté par bon nombre de têtes aux chapeaux coniques comme étant l’expression de notre culture …

Celle que les Marocains véhiculent consciemment, car le racisme est inscrit dans le patrimoine makhzénien …

Le Maroc est le premier pays à avoir reconnu les Etats-Unis ! Aime-t-on crier à tout va ! Oui certes, ce dernier fut aussi l’un des principaux pourvoyeurs d’esclaves vers le Nouveau Monde. (Cela, c’est écrit en tout petit, tout petit.)

Mais aujourd’hui, notre société marocaine du pays et de la diaspora est-elle raciste ?

-“Tbronziti maa rassek , wouliti draoui” “Tu as bien bronze, on dirait un esclave”

Alors vous ne voyez toujours pas ?

-« Chouf aroussa zouina wakha Kahla » « Regarde la mariée, elle est belle bien qu’elle soit noire »

Ne me dites pas que vous n’avez jamais entendu ce genre de phrases …

Mesurons l’ampleur de notre racisme avec honnêteté, celle du malade qui prend conscience de sa pathologie et qui a le choix, soit de la combattre, soit de s’y résigner.

Oui, au Maroc nous sommes majoritairement racistes, oui il y a de l’antisémitisme à revendre, oui il y a dans notre société un système de castes informelles et des privilégiés qui viennent renforcer ce racisme.

Certaines plumes tentent de justifier cette ignominie, accordant à l’interjection « aazzi » une définition tolérable. C’est quoi ce délire !!

D’autres accusent la bourgeoisie marocaine de vouloir paraître, en portant ces revendications d’égalité raciale.

A mon humble avis, il ne faut rien attendre de la bourgeoisie marocaine ou si peu, tant que cette dernière sert de rustine à ce système féodal et archaïque, système qu’elle reproduit dans son intimité.

En plus d’être le premier islamiste du pays, le roi et sa troupe de gais lurons sont les premiers racistes du pays. Je vous passe les détails que représente la « négritude » à l’intérieur du palais.

La « négritude » des Marocains … Tiens, ce serait un excellent sujet de thèse universitaire. Comme je le disais dans un de mes précédents textes, trop de Marocains ont un solide problème avec leur propre « négritude ».

Je me rappelle de ce mariage… La mariée, une splendide marocaine métisse à la peau d’ébène s’était fait grimer le visage en blanc par la « ziyana » (maquilleuse) . Un vrai visage « de Pierrot au clair de la lune », tableau burlesque qui se dressa là, sous mes yeux. Cette maquilleuse autoproclamée (comme elles le sont souvent) avait oublié les mains … Et là, c’était vraiment comment dire … Cheeelllllooouuuu comme truc. Une espèce de face d’aspirine avec les mains du « père Fouettard ».

Pourquoi ce délire de vouloir blanchir une peau qui ne l’est pas… ? C’est alors que mon cours d’histoire vint me titiller le cerveau et me rappela que sous, je ne sais plus quel Louis (XI, XII, XIII, XIV, XV , XVI, peut-être même sous tous les Louis), le fait d’avoir la peau un peu bronzée vous assignait au rang du bas peuple, celui qui était exposé au soleil dans les champs à la corvée.

Sommes-nous devenus aussi rétrogrades que l’était la société française de cette époque ?

Alors je me suis une fois de plus confessé :

-J’ai grandi dans une ambiance raciste. Oui, Monsieur !

-Dans une société raciste avec des racistes qui étaient convaincus qu’ils ne l’étaient pas. Oui, Monsieur !

– Avec aussi des victimes du racisme, les « racisés » qui à leur tour l’infligeaient aux autres comme une sorte d’exutoire de leur souffrance de « bougnoule » Oui Monsieur !

Je me suis même récemment pris la tête avec un ami. Sa mère est marocaine et noire, je lui ai dit, en voyant la photo, qu’elle est noire et j’ai perdu un ami …

Pourquoi ? Allez lui poser la question !

Nous sommes racistes avec nos semblables, pourtant nous n’aimons que nous …

Et comme dernier exemple que j’assimile comme une forme de racisme dans notre société, c’est celui de la femme marocaine qui lorsqu’elle épouse un Européen « l’oblige » à se convertir sous peine de ne pas pouvoir l’épouser …

Ne riez pas cela existe encore, oui cela existe qu’un mec qui s’appelle Bertrand face fi d’une partie de lui-même en se rebaptisant Bilal, pour que la famille de sa moitié daigne le regarder …

Oui, que ce même Bertrand par amour ou que sais-je se fasse circoncire à 27 ans, pour qu’enfin la famille de sa moitié daigne le regarder, car incapable d’assumer face à notre société que Bertrand est catholique et qu’il aime leur fille.

Une femme au Maroc ne peut se marier qu’avec un homme de confession musulmane ou juive (les 2 religions reconnues par la Constitution marocaine).

Je ne comprends pas cette attitude suprématiste face aux autres, que je traduis encore et encore comme étant une forme de racisme !

Les exemples sont multiples et franchement, ils mériteraient qu’une plume plus assidue que la mienne en fasse l’analyse afin que nous puissions avoir une esquisse de réponse crédible face à ce douloureux constat.

Pour finir, sur cette surprenante campagne antiraciste au Maroc je suis tiède voir gelé, car tant qu’elle ne remet pas en branle toute la société marocaine dans ses plus hautes sphères « culturelles », elle ne sert à rien si ce n’est qu’à bousculer gentiment certaines consciences en mal de sensations.

Zmagri

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26. mars
2014
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Le grand Klezmer.

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J’ai eu 58 ans et pour me redonner un coup de jouvence, je me suis fait promesse de repeindre la façade arrière de notre maison comme pour prouver à ma femme qu’il y a toujours de la ressource dans ce corps de méditerranéen.

Il fait beau et comme nous partageons tout, j’ai réveillé mon fils aux petites heures pour qu’il supporte les railleries d’un grincheux qui se donne l’illusion que la tâche l’enchante.

Il a 19 ans, l’âge bête qui peut se prolonger un bon moment chez les hommes si ’ils n’y prennent pas garde.

Nous l’avons prénommé Yuba, en hommage aux origines rifaines de mon regretté père qu’il n’a jamais connu.

Amale, ma fille, c’est la réussite par excellence, la perle de ma vie. Celle qui par sa seule présence efface tout et laisse place à l’allégresse.

Elle termine cette année ses études de droit international, parle couramment 4 langues et tient de son père assurément :).

Elle passera dans l’après-midi, il paraît qu’elle doit nous annoncer quelque chose de « grand ».

J’enfile mon short et mon Sweat pour faire jeune et dynamique, ce que je ne suis absolument pas et direction la cuisine où l’odeur du thé à la menthe me réconforte dans cette marocanité si chère à mes yeux et la voilà devant moi, ses cheveux d’or et ce regard qui perce, m’offrant ce qu’elle concède uniquement à celui qui a su entretenir notre flamme durant toutes ces années… Ce sourire ! Je peux me vautrer dans la prétention de temps à autre, ça me fait du bien et puis j’écris ce que je veux … 🙂

Ma femme … Notre histoire mériterait à elle seule 100 textes, tant elle fut et demeure une route où nous nous sommes aimés et aimons toujours un peu plus, même nos périodes de crises puent l’amour à crever.

-Ma femme : « Alors les hommes, il est déjà 9H et je ne sens toujours pas l’odeur de l’acrylique et Hiya Rjel (A ces hommes).

-Moi : « Tu ne sens toujours pas l’acrylique, mais moi je sens que j’ai de la peinture à l’huile sous pression à extraire … 😉 »

Oui je sais, c’est lourd mais ça marche.

Elle me regarde comme pour me dire que c’est une riche idée mais que le castard risque de débarquer d’une minute à l’autre.

-Moi : « Laisse Hbiba (Chérie), après la peinture je te fais une livraison :). »

-Ma femme : « d’accord mon bébé ».

– Moi : « Tarma dielli (mon petit cul à moi) ».

…

Ah, te voilà enfin, yallah rejoins-moi dès que tu termines ton petit déjeuner, je vais déjà installer le petit échafaud.

-Moi : « Chérie, je vais prendre la petite théière avec moi au jardin ».

Et me voilà, devant ce mur à repeindre, ce putain de mur à repeindre , ce putain de putain de mur à repeindre.

-Ma femme depuis la cuisine : « Chéri tu veux du miel avec tes Baghrires (Crèpes marocaines) ».

-Moi « Oui ,merci ».

Ce putain de mur, pourquoi j’ai proposé de faire ça aujourd’hui … Ah oui je voulais que les deux femmes de ma vie soient fieres de moi.

-Moi : « Yuba, on commence par le haut du mur, fiston ? ».

-Yuba : « Papa, c’est plus simple par en-bas ».

-Moi : « Et hiyaaa, t’es bien le fils de ton père, partisan du moindre effort ».

-Moi : « Ok, on commence par le bas et ramène nous un peu de musique ».

-Yuba : « D’accord papa , mais on met pas tes trucs du Maroc ».

-Moi : « On met ce que papa veut écouter et quand on aura terminé tu mettras ta musique ».

« T’es toujours aussi enfoiré toi … »

-Moi : « Ah te revoilà, toi. Mon identité chérie que j’aime et que je déteste à la fois »

-Mon identité : « Alors, premièrement tu imposes à ton fils de t’aider pour un travail que tu as proposé de faire et en plus tu lui imposes ta musique à écouter, mais t’es un vrai dictateur ».

-Moi : « Oui, c’est vrai … Je vais régler ça en 2 secondes ».

-Moi : « Yuba …. Yuba ».

-Yuba : « Oui Ba ».

-Moi : « Ramène de la musique et file je m’occupe de faire le reste ».

-Yuba : « T’es sur Ba ? ».

-Moi : « Oui fiston, il fait beau t’as pas une copine à aller voir Awla ? »

– Yuba : « Non, je vais plutôt m’entrainer avec la voiture pour le permis de conduire ».

-Moi : « C’est ça file, elles viendront plus facilement avec une voiture … »

Et il s’en est allé, me laissant seul avec mon identité et le mur à peindre.

– Moi : « C’est bizarre mais je le vois jamais avec des filles lui, je vais en parler à sa mère ».

-Mon identité : « Pourquoi, qu’est-ce qui te fait peur ? »

-Moi : » Rien … »

-I : « T’es sur ? »

-M : « Certain même. »

-I : « Et si il est gay ton fils ?? »

-M : « Ah ben ça … »

-I : « Ah ben quoi ? »

-M : «Ah ben il l’est peut être. »

-I : « Arrête je vois bien que ça t’emmerde ».

-M : « Au lieu de dire tes âneries, viens plutôt m’aider. »

-I : « Tu sais bien que je ne peux pas, je suis imaginaire … »

-M : « Alors aide moi en me parlant de truc gai … Enfin marrant quoi on s’est compris. »

-I : « Et comment va la belle Amale ? »

-M : « Elle viendra cette après-midi et je veux qu’elle soit fière de son père ».

-I : « Elle le sera, fais- moi confiance ».

-M : « Pourquoi tu dis ça ? »

-I : « Tu verras, je te laisse. Bon boulot ! »

Je me suis donc attaqué au mur et en 2H de temps c’était réglé. Pour faire dans l’impeccable, c’est ma femme qui a choisi la couleur et j’avoue qu’elle s’y connait, le résultat est parfait.

-Ma femme : « Waw, mon homme à moi ! »

Voilà comment remonter dans l’estime de sa douce Messieurs.

-Ma femme : C’est magnifique

-Moi : « Ça te plait ? »

-Ma femme : « C’est toi qui me plait bébé. »

…

On sonne à la porte, ça doit être ma fille chérie.

-Amale : « Papa chéri,c’est mon papa à moi . »

-Moi :  » Aji 3and Baba (Viens là chez papa) ».

C’est curieux mais je lui parle souvent en arabe elle, va falloir que j’explique ça à mon identité, elle a des réponses à tout.

Amale : « Waw papa c’est toi qui a repeint ça ? »

-Moi : « Oui ma grande. »

-Amale : « Seul, yuba ne t’a pas aidé? »

-Moi : « Oui tout seul ! »

-Amale : « Viens là je te fais une grosse Boussaaaa ».

Je suis monté me doucher et j’ai mis ma chemise du papa cool, celle avec les palmiers à la Miami Vice. Elle est bien large et cache la petite bedaine de celui qui ne se refuse rien.

Ça sent le repas, du poisson et comme il fait beau, ma femme a sorti la table au jardin pour qu’elle puisse tout en mangeant complimenter sa moitié en contemplant le beau mur fraichement repeint. Ça va être une après- midi superbe !

Yuba est revenu, le repas est lancé et ma fille m’a ramené une belle bouteille de vin.

-Amale : « Tiens papa, je sais que tu préfères le rouge mais j’ai pris du rosé vu la belle météo ».

-Moi : « Les Celliers de Meknes …Excellent choix ma grande ! ».

Oui, il m’arrive de boire du vin et mes enfants le savent. J’ai toujours préféré à l’hypocrisie sociale, la candeur de vie.

Nous voilà donc à quatre réunis autour de cette table chaleureusement achalandée par les soins de ma femme.

-Amale : « Papa . »

-Moi : « Dis-moi ma fille. »

-Amale : « Je dois t’annoncer une grande nouvelle. »

-Moi : « Ahh, enfin. D’autant que j’ai le sentiment qu’autour de cette table je suis le seul à l’ignorer n’est-ce pas ? »

Ma femme : » Oui c’est vrai. »

Moi : « Même toi fiston, hein? »

Yuba ne répond pas. Il est bizarre depuis un petit moment d’ailleurs…

-Moi : « Wa 9olli A benti ? (Dis-moi ma fille ?)

Elle regarda sa mère qui fit signe que c’est le bon moment.

C’est à ce moment-là que je compris qu’il y a comme quelque chose de troublant qui se trame autour de moi. Je me sens comme gentiment dupé. Pourtant, je pense être un papa cool, j’ai la chemise à palmier, je bois du vin, mes enfants ont grandi sans contraintes… Qu’est- ce que j’ai loupé ? A côté de quoi suis-je passé ?

Dans ces états de panique je sollicite mon identité chérie.

-Moi à mon identité : « Alors, que se passe-t-il autour de cette table ? »

« Ecoute-moi bien » me dit-elle.

-Moi : « Je suis ultra-concentré comme tu le vois. »

-I : « Quoiqu’elle te dise, promets moi juste d’être à la hauteur. »

-Moi : Qu’est-ce que tu me fais là, qu’est-ce que vous me faites là … ?

-I : « J’ai dit promet moi juste d’être à la hauteur ! »

-Moi : « …OUI ! »

-I : « Tu me le promets vraiment ? »

-Moi : « Oui, oui tu me connais quand je dis oui c’est oui ! »

I : « C’est parce que je te connais que j’insiste. »

-Moi : « Amale, tu peux tout dire à papa. »

-Amale : » Voilà papa, j’ai quelqu’un dans ma vie « .

-Moi : « Mais c’est magnifique, ça fait longtemps, pourquoi nous ne l’avons jamais rencontré,… Où est-il ? … Il est là ? »

-Amale : « Oui papa il vient d’arriver. »

-Moi : « Et wa jibou y tghada m3ana. ( Dis lui de venir manger avec nous.)

Elle regarda sa mère encore une fois qui acquiesça.

Amale se rendit à la porte. Pendant ce temps, alors que Yuba me servit un grand verre , je dis à ma femme .

« Mais qu’est-ce qui se passe ? »

Elle me regarda avec ce regard de celle qui est face à l’inconnu, celle qui ne maitrise pas la réaction à venir. De celle qui espère ne pas s’être trompée sur l’homme qu’elle a épousé.

-Amale : « Papa »

-Moi : « Oui »

C’est alors que je le vis enfin. Il est grand, trop grand même pour être de chez nous …

-Amale : « Papa, je te présente Cohen Rosenberg ».

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26. mars
2014
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Nostalgique d’un soleil que je n’ai plus jamais connu.

ob_529b06_olivier-rifElle me fait des crises à nouveau la coquine.

Le drame du déraciné c’est que l’herbe dans laquelle il pousse ne sera jamais assez riche pour lui.

Ma psy m’écoute parler, lorsque je commence je ne m’arrête plus. Entre confusion, mélange et découverte je me perds dans mon jardin, elle intervient juste pour baliser et m’avertir des redites, car oui je radote beaucoup.

Et voilà que mon identité, vous savez celle qui me fait des crises de jalousie dès que je la délaisse un peu, la revoilà pointer du nez dans ces tumultes qui paraîtront futile pour certains et essentiel pour d’autres.

-« Ramasse tes affaires et vient vivre à la maison, on doit se parler. » Lui dis-je .

C’est ce qu’elle a fait.

Depuis je partage tout avec elle, même ma brosse à dent.

Seul bémol, ses ronflements la nuit, je n’arrive pas à m’y faire… Qu’importe.

Je vous la décrit vite fait :

Elle est comme moi, la clarté en plus, elle m’assure qu’elle a déjà tout réglé dans sa vie. Bien évidemment je ne la crois pas !

Sa présence me rassure un temps, puis lorsque nous discutons de moi, car oui, nous parlons exclusivement de moi, elle déblatère des théories qui viennent réconforter, rassurer cet homme qui se fuit indéfiniment.

Ah oui, elle déteste ma psy.

-Elle : « Pourquoi tu vas la voir ».

-Moi : « C’est toi qui me l’a conseillé, dois-je te le rappeler ».

-E « Je sais, mais pourquoi ? En as-tu vraiment besoin ».

-M « Je ne sais pas, mais je me suis promis d’aller au bout du processus ».

-E « Elle est comment ? ».

-M « J’en sais rien, elle est comme elle est, une belge».

-E « Mmmmmm ».

Ce que je n’arrive toujours pas à comprendre pas avec mon identité, c’est que c’est une femme, plutôt mignonne. Elle a investi ma bulle, rien ne la dérange vraiment dedans.

« Alors, depuis la dernière fois qu’est-ce qui a changé ? » Me dit-elle.

-Moi : « Pas grand-chose, je dors je mange je boulotte … »

-Elle : « Vraiment »

-M« Oui »

Nous sommes en mars et j’aime ce mois, car il désamorce l’hiver en théorie (sauf en Belgique), les journées sont plus longues et le moindre rayon de soleil optimise votre humeur. Les oiseaux gazouillent pour de vrais et le vent du nord cède sa place à la douceur, pas encore assez franche à mon goût, mais c’est un bon début.

-E« Il parait qu’on fête les 50 de présence marocaine en Belgique »

-M« Oui, c’est plus tôt bien non ? »

-E« Mais t’as rien compris ou t’es con ».. (On a un langage plus que familier)

-M« Explique moi ».

-E« Tu trouves qu’il y a quelque chose à fêter ? Ton père est mort comme un palmier dans un jardin d’hiver, ton frère s’est shooter à se faire claquer la carotide, ta mère ne jure plus que par Al-Jazeera tes sœurs font mines d’être heureuse et ton autre frère à les nerfs à vif. Et tu trouves que c’est « la fête ! ».

-M« Ben et alors, tu crois que si on avait été au bled ça se serait mieux passé »

-E« Allo, la terre il y a quelqu’ un …La vie c’est Belgique ou Maroc ? Pourquoi tu ne rêves pas d’ailleurs ? Pourquoi tu réponds religieusement au schéma de vie qui s’offre à toi … Je t’ai connu moins discipliné ! »

-M« Mais qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

-E« Ce que je veux te dire Al Bourro (Ane en espagnol), c’est qu’il n’y a de vie épanouie que si l’épanouissement se révèle être indispensable, qu’il devienne le moteur de toutes tes entreprises qu’il ne nécessite que les efforts que tu consens lui donner ».

-M« Mais … ».

-E« Y a pas de mais !! ».

-M« Mais laisse-moi en placer une ».

-E« Non, on est pas chez ta psy là, c’est moi qui parle ».

-M« Wow,, calme très chère amie ».

-E« Que je me calme, tu n’es pas sérieux j’espère , ça fait des années que tu es trop calme et que tu attends le terreau fertile pour bouger tes fesses ».

-E« Et côté cœur, ça va ? ».

-M« Ben ça s’éclaircit ».

-E« Pfff, t’as rien pour toi franchement ».

-M« C’est que là j’ai besoin de calme, une belle et sereine période de calme ».

-E« Je vois et ça me va parfaitement ».

-M« Tu serais pas encore occupée à me faire ta crise à la con ».

-E« Non, tout ce qui m’importe c’est de te voir heureux ».

-M« Et je ne le suis pas ? Pourtant je devrai, non ? ».

-E« Ca commence ».

-E« Bon je me couche, je prends le côté de droit du lit ».

-M« Oh, non en plus de ronfler tu me piques ma place »

-E« Et oui, continue à dormir et toutes tes places seront prises par d’autres … »

-M« Bonne nuit »

-E …

-M« Tu pourrais répondre … Ca y est tu ronfles déjà… Tezzzz »

C’est alors et seulement alors, que je me suis rendu au salon et que j’ai pris l’album de famille. En le feuilletant j’ai vu un homme sur une photo mal développée et dont les taches d’oxydation sur les coins me rappellent que j’ai intérêt à la numérisée au plus vite. En l’observant avec attention je me suis vu, moi Mohamed Bouziane né le 3 mars 1930 et mort en 2004.

Qu’est -ce que c’est ce délire encore …?

« J’aurai du vous parlez mes enfants, j’ai choisi d’immigrer et personne ne pouvaient faire autrement, j’avais faim dans tous les sens du terme et je voulais que la vie me permette d’offrir à ceux que j’aime le droit de pouvoir rêver.

Je voulais vivre moi aussi, je ne peux le nier… Qu’est-ce qu’on a ri !

Alors qu’au Maroc, j’aurai vu les « autres » m’écraser comme ils le firent et le font toujours aujourd’hui. J’ai donc suivi ma bonne étoile qui ne pouvait se révéler à moi qu’une fois le détroit traversé.

J’ai immigré comme mes frères de classe, pour marcher d’un pas franc sur cette terre, d’où je viens rien n’était fait pour me retenir.

J’ai trouvé le meilleur ici, parfois le pire mais c’est tout de même pour un meilleur que cette Belgique m’a vu vivre car le pire ici est surmontable.

Je vous ai donné ma force et ma jeunesse en guise d’affection ; je ne pouvais, je ne savais vous donnez plus que ce que je n’avais jamais reçu et je ne mesurais pas que c’est tout ce que vous attendiez. Un père affectueusement présent.

Tiens, une photo de ma femme, elle sourie pour rien même dans l’ultime nécessité. Nous savoir à l’abri et au chaud suffisait à l’apaiser.

Et toi Saïd …

Saïd, mon fils, la drogue t’as offert tout ce que tu ne pouvais trouver à la maison, pardonne-moi wouldi (mon fils), pardonne ton père de n’avoir su être là.

J’ai le chagrin de celui qui sait que ça ne sert plus à grand-chose, le chagrin de l’olivier centenaire assistant au balai des générations sous ses yeux et qui est pris d’affection pour tous ceux qui le quitteront un jour.

L’immigration est une chance à bien des égards mais demeure une déchirure dont la plaie reste ouverte sur plusieurs générations. L’immigré et sa descendance n’auront pas le luxe de sédentariser leur identité, ils devront conjugués avec et c’est tant mieux.

Tout ne va pas si mal tout compte fait.

Et toi qui écris ce texte, n’oublie jamais que rêver est la plus belle manière de vivre.

Je vous aime. »

-« On va s’arrêter là pour aujourd’hui » me dit la psy.

Je me lève, quitte le petit salon dans lequel elle reçoit, tiens on a même dépassé l’heure sans qu’elle ne me facture plus.

Peut être que la chance commence à tourner.

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26. mars
2014
Non classé
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« Tu es magnifique. »

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Dormir, dormir encore …Puis se réveiller.

La fuite a souvent des relents de lâcheté, vous savez cette lâcheté paresseuse.

Je dors encore et encore et redoute le réveil car il sera violent, déterminant.

Spectateur de ma vie dont le scénario se résumerai en 1 page tapé en gros caractère.Un scénario sans vraiment d’intrigue où l’on a du mal à cerner le protagoniste.

Une enfance insouciante, une adolescence enivrante et un âge adulte qui refuse de se manifester. Mais une colère qui persiste et qui ne trouve aucun moyen de s’atténuer.

« C’est bien, au moins tu identifies tes soucis » me lança un ami.

C’est bien, mais ça ne résout pas grand-chose et comme les choses ne sont jamais simples, je suis en plus habité par ces tourments identitaires d’une recherche de soi oú le moi occupe une place prédominante ne laissant aucune place à toute autre considération.

Dormir et encore dormir, ça ira mieux au réveil. Alors je dors et demeure spectateur de ma vie et de celle des autres.

De plus, je sens poindre le nez d’une aigreur croissante qui affecte ma perception de ceux qui m’entourent. Un grincheux qui n’est même pas vieux c’est à la fois anachronique et chiant.

Trop vite lassé de tout et tout le temps.

Les gens sont cons car ils se croient différents. Je suis con alors ou pas assez.

La vie c’est quoi … ? 5 jours semaine de labeur pour un court répit. Deux jours pour le bonheur quand celui-ci ne s’enfuit … ? C’est quoi ce bordel.

Il manque de la lumière et ma peau absorbe cette morosité.

Devant une glace on ne peut se mentir et bien moi j’y arrive ou du moins j’essaye … Lorsque soudain :

Lui-« Qui es-tu, que veux-tu, te donnes tu les moyens pour y arriver ? »

Moi-« Putain c’est chiant, je vais dormir ça sera plus clair au réveil. »

L-« Chaque minutes passées est morte à jamais, qu’as-tu fait le dernier quart d’heure ? »

M-« Relis plus haut, je dormais ».

Jusqu’au jour où même dormir devient très compliqué et c’est à ce moment précis que des mécanismes aussi tordus qu’immatures se mettent en place un peu comme un groupe électrogène lors d’une panne de courant. Cela fait 20 ans que je suis en pilotage automatique. Que j’attends un été sans fin, sans fausses notes et que mes projets trouvent celui qui pourra les porter.

L-« D’ailleurs c’est quoi tes projets … ? »

M-« C’est bon, tu le sais bien, enfin … J’en sais pas trop, je vais dormir ».

L-« Non, attends s’il te plait. Attend et écoute moi, je n’ai pas beaucoup de temps à t’accorder, j’ai d’autres spécimens de ton genre à secouer ».

M-« Mais qui es-tu toi …? Dieu … ? »

L-« Même pas et là n’est pas la question. »

M-« Mais t’es qui ? »

L-« Arrête de fuir et écoute moi. Tu as peur ? »

M-« Oui. »

L-« De quoi ? »

M-« Je ne sais pas. »

L-« Réfléchis. »

M-« Je ne sais vraiment pas. »

L-« Peu importe quelles seront tes peurs, dis-toi juste qu’elles sont là pour que tu les surpasses … Personne ne meurt de peur. »

M-« ça c’est de la couillonnade, c’est tout ce que tu as en stock ? »

L-« Quelles sont les origines de ces peurs. »

M-« … C’est moi. »

L-« Tu as peur de toi ? »

M-« Je pense…Ou plutôt j’ai peur de me voir réellement, tel que je suis vraiment, déshabillé de toute carapace. »

L-« Mais tu es magnifique. »

M-« Merci … J’ai une certaine maîtrise intuitive et je sais que tu dis ça pour me réconforter. »

L-« Non, tu ne sais rien et tu es magnifique.»

M-« Je ne pense pas. »

M-« Bordel, mais t’es qui au juste … ? »

L-« Là n’est pas la question. »

M-« Si c’est pas Dieu, c’est quoi, un genre de moi imaginaire qui surgit à chaque passage à vide dans ma vie. »

L-« Non, même pas. »

L-« Tu es en bonne santé ? »

M-« Je pense que oui, mais une sorte d’hypochondrie s’est invité depuis peu comme si ce n’était pas déjà assez compliqué comme ça. »

L-« Tu es égoïste … »

M-« Je pense que si je ne l’étais pas tu le saurais. »

L-« 🙂 Oui, je le saurais. Mais tu ne l’es que parce que tu dors trop ».

M-« Oh oui, je dors trop. Je tente par là de figer le temps qui lui file à toute allure. L’enfoiré ! »

L-« Oui, l’enfoiré … »

M-« Mais toi, parle-moi de toi. »

L-« Arrête de fuir, dernière sommation. »

M-« Ok, mais que veux-tu que je te dise de plus : Je suis un mec paumé qui recherche le bonheur, une super vie, un super job et une super nana et un super tout , sans me soucier de savoir si oui ou non je suis à la hauteur; c’est humain non ? Un mec qui se persuade que la réussite nécessite trop d’effort et préfère se coltiner à l’échec. Un mec qui a quitté la course depuis longtemps, empruntant des chemins de traverses dans lesquels il s’est perdu. Un mec désappointé, lassé, angoissé que même le plus optimiste des babas cool en deviendrait dépressif. Un mec qui se vautre dans une complaisance insolente. Un mec qui se cache dans ce brasier de l’indifférence et qui s’y brule les doigts, préférant à la prise de conscience la douleur. Un mec qui dort et dort encore, putain de sommeil qui ne vient plus dans ce dédale pourtant si clair, la ligne est droite, en témoigne le sillage au sol et il n’y en a qu’une ! Non moi je préfère les tortueux virages, les boucles à l’infini ! L’empathie à fait place à l’égocentrisme qui lui a fait place à une fureur de vivre frelatée, insipide...

Un jour il fera beau et de cette chaleur naitra un nouveau moi sinon à quoi bon. Un jour je serai ce pourquoi je suis et plus encore.

Un jour je me réveille … Et je t’écris.»

M-« Mec … ? T’es encore là … ? »

L-« … »

M-« Mais t’es qui ??? »

L-« … »

–

–

M-« Papa … ? … C’est toi … ?»

-« … »

-« … »

« Tu es magnifique. »

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A mon père parti il y a dix ans mais présent plus que jamais.

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26. mars
2014
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« La vraie de vraie … » (Suite et fin)

ob_63e049_la-toute-premiere-foisImage retouchée du livre « La toute première fois » de Lauren Strasnick, Albin Michel

 

 

« Cheftek far7ane had sba77… »(Tu as l’air heureux ce matin!)

« ça va A Yima, ça va … » (ça va maman, ça va…)

J’ai 17 ans et ça y est !

Je remonte dans ma chambre après un entrainement de football et me replonge dans cette si délicieuse et inéluctable soirée de la veille.

J’ai rencontré une super nana qu’une amie d’une amie m’avait juré de me présenter.

Elle est aussi plus âgée que moi (décidément) et nous nous retrouvons dans une soirée à Bruxelles près de la place Ste Catherine. Elle est métisse, des yeux clairs et danse comme une reine le funk, le zouk et le raï.

Le son est bon ce soir : Blackstreet, BBD, 2 Close … (Pour les connaisseurs)

On passe la soirée à danser et comme d’habitude une bagarre éclate, mettant un terme à la fête.Trop de testostérone dans une surface limitée remplie de nanas, ça finit souvent par éclater, mais pas de la meilleure des manières.

On se retrouve à la rue vers 0H30, plus de bus pour rentrer, on va se la jouer à pieds.

Comme pour rajouter une tension dramatique à la scène, le ciel se couvre et un orage éclate, on se prend la douche de l’été du siècle. La pluie nous trempe, lui rajoutant une allure encore plus désirable.

En passant par la place Rogier, on s’est embrassé sous ce ciel ténébreux comme si tous les Dieux versaient des larmes d’affection face à ces 2 ados, libres de s’aimer et de le vivre. Arrivés chez moi, mon père est devant la télé marocaine à fond de bal et le reste de la famille assiste à un mariage dans le quartier.

Il ne fallait pas faire chier mon père avec ces histoires de mariage. Il trouvait déjà pénible d’assister à ceux de ses propres rejetons. Son argument fétiche était de dire que l’ambiance des mariages d’aujourd’hui n’avait rien à voir avec la simplicité et la chaleur authentique de sa jeunesse.

Mon père ce nostalgique … Je crois tenir de lui sur ce plan !

J’ouvre doucement la porte.

-« Viens! »

-« T’es sur ? »

-« Mais oui t’inquiète. »

On file le couloir à la vitesse V V prime, on grimpe au deuxième et s’enferme tous les deux dans ma chambre.

A peine la porte de celle-ci fermée que mon père m’appelle. Je descends, en prenant le soin de virer mes vêtements trempés par la drache et d’enfiler mon pyjama, je me présente à mon père en mode « tu m’as réveillé, je dormais ».

-« N3am A Ba » (Oui Papa).

-« Fayn kounti ? » (Où étais-tu ?).

-« kount na3ass » (je dormais).

-« Kounti na3ass … ? Yek » (Tu dormais … ? Ah bon).

Dans ma tête, je me dis :

« Merde, ne me dis pas qu’il a capté, que l’odeur de son parfum nous a grillé ».

Mon père, me regarde avec un sourire étrangement rassurant.

Suivi d’un interminable blanc sonore.

-« Ewa rja3 t n3ass deghia ». (alors retourne te coucher vite)

-« Khassek chi 7ajja a Ba ? ». (Il te faut quelque chose papa)

…

Il me sourit.

-« Ma Khssni wallou a Ouldi , Khssni ghir l’Hna , Chouf ila mamak khalatli chi 7ajja »

(Il ne me faut rien fiston, seulement de la quiétude, regarde si ta mère m’a laissé quelque chose à manger)

Je file dans la cuisine.

-« Ba9i L’A3dess a Ba ». (Il reste des lentilles papa).

-« Arra chi Zlafa a Ouldi » (Fais-moi un bol fiston)

Je lui prépare ça en un temps record en n’ oubliant pas de garder une portion pour ma belle qui doit commencer à s’impatienter dans ma chambre.

-« Chokran a wouldi ». (Merci fiston).

-« Bssa7a a Ba, sba7 3ala Kheir ». (Santé papa, a demain matin).

“Aji”.( Viens là)

“N3am”( Oui)

-“Yek labass ?” (Tu es sûr que ça va ?)

-“N3am a Ba juste 3ayane”( Bien papa, juste fatigué)

-“Wakha, sir , sir …”( D’accord, allez file).

Je mets ma main au feu qu’il a tout capté, mais à cet âge-là l’insouciance qui, venait de mon slip, me donnait l’illusion que je bluffais comme un roi.

Je rentre dans ma chambre, avec mon plateau de lentilles. Elle est couchée sur mon lit en sous vêtement. Je vais avoir besoin de fer et ça tombe bien, les lentilles sont là !

On avale ça à 2, c’est mignon avec du recul.

L’A3dass, c’est un plat très populaire, un peu à notre image.

Elle venait de La Louvière, une ville wallonne anciennement industrielle.

Son père était italien et sa mère portugaise (originaire d’Angola).

-« C’est bon, on dirait un truc de chez nous » me dit-elle.

Je vais l’emballer sans même l’emmener au resto et avec un bol d’A3dess … 🙂

On termine, on rigole, on s’embrasse …

Et là, le stress monte …

Elle me dit : « J’ai envie de toi ».

Je lui répond :« Euh, j’ai pas de capote ».

-« On s’en fout ».

-« Oui, c’est vrai on s’en fout ».

Je me sentais prêt ce soir-là, alors au diable la prévention.

On s’embrasse encore, en se déshabillant.

Et toujours dans ma tête,

-« C’est ce soir mec, déconne pas, assure bordel de merde ! ».

-« On a pas deux occasion de faire bonne impression, alors assure !! Pense pas et file ».

Ça y est, je suis dedans, elle est plus expérimentée que moi et moi je découvre en laissant croire que je le suis autant qu’elle.

Elle a surement du le sentir …

Je suis en train de me faire dépuceler par une beauté et je n’ose même pas le lui dire.

Il fait calme, très calme et je jouis tranquillement, elle en redemande mais moi je m’endors la banane en bouche car ça y est, j’ai fait l’amour.

C’était sain et beau, moins bon qu’on ne me l’avait vendu, mais c’était … propre.

On s’est endormi enlacé. Le monde pouvait s’effondrer autour de nous, on s’en moquait.

Je pouvais sentir les pulsations de son cœur contre ma poitrine et son regard envoutant se mariait parfaitement avec la rougeur de ses joues. Quelle belle sensation.

Elle me dit des mots dont seules les femmes ont le secret, des mots qui rassurent et qui s’accordent avec l’image que je me faisais d’un homme.

Je lui demande :

-« ça t’as plu … ? »

-« Ouiiiii, mon ange à moi ».

Vive les femmes, vive l’amour, vive la vie …Et vive l’A3dess !

On se caresse, je rigole, elle aussi.

Cela paraitra anodin pour certains, mais parler de sexe chez nous, c’est comme dévoiler un secret de famille le soir de Noël.

Le sexe s’apprend en parfaite autarcie chez les mecs, pour les filles ça s’apprend à base de sous-entendus tellement sous-entendus qu’on s’y perd. Pourtant, si je me réfère à mes sœurs, elles ont dû subir un lavage de cerveau au « Dettol » depuis leurs 12 ans afin qu’elles soient prêtes et les meilleures des mariées pour la fête, après le soir ,tire ton plan mais ne nous fait pas honte grosso merdo.

On baise trop sans faire l’amour et on croit faire l’amour tout en se faisant baiser.

On a bien évidemment tous un rapport particulier avec la sexualité, il est empreint de pathos de rapport à l’autre et de rapport avec son propre corps.

Que nous reste-t-il, si ce n’est ces moments de vie, ces moments de partages et d’émotions ?

Plus grand-chose.

J’ai besoin de plus que le rapport charnel, je me découvre cérébral, voire féminin dans mes caresses.

-« Tu es belle », lui dis-je .

-« Merci »

-« Merci ».

-« Merci ?? »

-« Merci bella ! ».

Le lendemain matin, je briefe ma sœur Nabila que je ne suis pas seul, elle rigole de bonheur. 10 minutes plus tard, elle monte dans ma chambre avec un plateau pour le petit déjeuner, du jus d’orange, du thé des Rghayefs (crêpes marocaines).

Elle rigole avec ma belle, elle rigole avec moi, on passe la matinée dans ma chambre. Nabila parle de moi et ça l’amuse.

-« Vous ferez des enfants magnifiques … »Dit-elle.

-« Wow wow Nabila, j’ai 17 ans … »

Et c’est là que je me rappelle qu’on l’a fait sans protection.

-« Merde ».

Mais, je suis comme hypnotisé par l’air car cet été a quelque chose de particulier.

Je prépare mon sac de foot et me rend sur le terrain avec la plus belle supportrice.

Sur le chemin, je voulais lui dire mes craintes pour la capote, la grossesse etc.

Cela ne voulait pas sortir et comme pour m’aider, elle me dit :

-« Ne t’inquiète pas ce n’est pas la bonne période et pour ce qui est des MST( Maladies Sexuellement Transmissibles), je ferai un test dans 3 mois ».

Dans ma tête : je ne comprenais pas ce que voulait dire « ce n’est pas la bonne période »…

Mais je fis mine de comprendre.

Le lendemain, au retour de l’entrainement, ma mère :

« Cheftek far7ane had sba77… ».(Tu as l’air heureux ce matin!)

« ça va A Yima, ça va … » .(ça va maman, ça va…)

« 7iyana 3lik » 🙂 🙂 ( intraduisible, si vous trouvez une traduction fidèle n’hésitez pas)

C’était donc ça, faire l’amour …(Fin)

 

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Auteur·e

L'auteur: zmagri
Zmagri à l'appellation attribuée aux marocains de la diaspora par ceux qui vivent au Maroc. Les immigrés - les Z'imigris-les Zmagris. Ce blog rassemble les "confessions" d'un zmagri deuxième génération au pays du surréalisme. J'essaie, de manière décomplexée, de partager la vision d'un belge d'origine marocaine sur ses propres interrogations relatives à l'origine, la politique, le sexe, la religion.

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